Formation


Y aura-t-il des DUT à Cuba ?

La semaine du 1er au 7 juillet 2017, une délégation de l’ADIUT était invitée à la Havane - Cuba, par le Ministère cubain de l’Enseignement Supérieur (MES) pour 1 semaine de travail sur la création de formations sur le modèle du DUT.

Retour sur cette semaine par François Vial, enseignant du département Génie Biologique à l’IUT Lyon 1

La nécessité de développer ce type de formation a vu le jour il y a quelques années, et résulte de différents constats faits par les dirigeants et responsables ministériels cubains :
  1. Le développement important du tourisme, soutenu par l’état cubain, pour l’apport de devises dont il a besoin pour impulser son économie. Ce développement est une réalité en même temps qu’un défi : ne pas tomber dans les travers d’un tourisme de masse bon marché, qui commence malheureusement à dénaturer l’authenticité du pays.
  2. Le pays doit faire face à de nombreuses pénuries, qu’elles soient de nature alimentaire, pétrolières, en matériaux … L’amélioration des structures de production et des conditions de vie sur l’île ne peut se faire sans personnel formé et compétent à tous les niveaux.
  3. De nombreux jeunes cubains sont formés au niveau ingénieur, sans qu’il y ait assez de travail à ce niveau de qualification. Or l’état se doit d’offrir un travail à tous ses diplômés. Il place une partie importante de ces jeunes à des postes de qualification inférieure, induisant démotivations et frustrations.
  4. A l’inverse, un réel besoin existe pour des jeunes diplômés avec une qualification intermédiaire de type bac+2, pour servir d’assistant responsable, et il n’existe pas encore de formations pour remplir ce genre de besoin.
Les contacts avec l’ADIUT ont commencé il y a quelques années, marqués par la visite à Cuba de deux responsables des relations internationales de l’ADIUT, fin 2015. Elle s’est poursuivie par la visite de deux principaux porteurs de projet cubains en France en 2016. La coopération a été concrétisée par l’ouverture d’une formation pilote, en informatique, et la réalisation d’un stage de licence professionnelle axée sur le tourisme. En effet, même s’il n’existe pas de DUT tourisme, plusieurs IUT proposent des licences professionnelles dans ce secteur (notamment au Havre et à Tarbes), notamment après un DUT Technique de Commercialisation.

La rencontre bilatérale de Juillet avait donc pour but de faire un retour d’expérience sur les projets en cours, et développer des programmes pédagogiques dans les spécialités suivantes : informatique, tourisme et agronomie. Côté cubain, les personnes présentes étaient différents responsables du MES (Ministère cubain de l’Enseignement Supérieur), des universitaires responsables des différentes spécialités, dont certains impliqués dans les premières expériences, et la représentante d’une grande entreprise touristique.

Côté français, deux spécialistes par discipline et hispanophones ont été missionnés par l’ADIUT, sous la direction de Ronald Guillen, responsable à l’ADIUT des relations Internationales vers l’Amérique latine et directeur de l’IUT de St Nazaire.

Photo - Une partie de la délégation française
Une partie de la délégation française : de droite à gauche : Flora Pensec & François Vial (agronomie), Laurence Barnèche & Basilia Merchandise-Ruiz (tourisme), Eliana (amie cubaine de Basilia M-R.) et Ronald Guillen (chef de mission). Copyright photo / conducteur du taxi cubain

Nous étions partis avec l’idée de travailler directement à partir de nos PPN (Programme Pédagogique National), sur l’élaboration de leurs maquettes pédagogiques.

Photo - Session de travailAu cours des premiers exposés de nos homologues cubains, nous avons compris qu’ils n’en étaient pas encore à se demander exactement quels équilibres entre telle ou telle matière, entre cours, TD et TP, mais plutôt à s’interroger sur la durée de leur formation courte (2 ou 3 ans), la pertinence d’avoir une base scientifique large (type DUT) ou une spécialisation pointue (type BTS).

Session de travail sous l’oreille attentive de la vice-ministre et de l’ambassadeur de France à Cuba.  Copyright photo François VIAL  / IUT Lyon 1


Le projet de leur formation, actuellement appelée ESCC (Enseignement Supérieur de Cycle Court), avaient néanmoins intégré certaines spécificités du DUT : complémentarité Cours, TD et TP, volume horaire supérieur au cycle universitaire classique, stage en immersion dans le monde professionnel.

Le 2° jour correspondait à la présentation de chacune des 3 formations de DUT (ou DUT+LP) dans les spécialités évoquées précédemment, devant l’équipe de nos confères cubains. Faisant preuve de la réactivité caractéristique des IUT, et au vu de l’état d’avancement de la réflexion des partenaires cubains, nous avons retravaillé nos exposés : au lieu d’aller vers une description assez précise de nos PPN, nous les avons focalisés sur les spécificités du DUT : les travaux pratiques, les projets tutorés et le stage, bref ce qui rend les étudiants plus compétents et autonomes. Les présentations et discussions de cette journée ont été un choc culturel pour nos homologues, habitués à donner des cours en amphi. Une de leur plus grande surprise a été le lien entre les IUT et monde professionnel : découvrir l’intérêt du partenariat avec les entreprises pour élaborer le programme pédagogique, pour développer des TP, réaliser des projets tutorés ou encadrer des stages de longue durée n’allait pas de soi. L’évaluation continue, le contrôle strict de l’assiduité, l’autonomie dans la recherche de stage les a aussi beaucoup étonnés. Par contre, nos statistiques sur les poursuites d’études les ont beaucoup inquiétées : Ils souhaitent que cette formation courte permette la poursuite d’études, mais à des niveaux faibles, entre 20 et 30%, et non comme chez nous de 90%.

L’objectif du 3° jour était de travailler spécifiquement dans chaque branche d’activité. En tant qu’agronome, j’ai été à l’UNAH (Université Nationale Agraire de la Havane), accompagné de Flora Pensec, ma collègue de l’IUT de Brest, ainsi que notre chef de mission (R. Guillen) et un responsable du MES (F. Lan Apó). Nous avons été accueillis par le Dr D. Mederos, responsable pédagogique à l’UNAH, participant au groupe de travail de la semaine, et divers enseignants et responsables de l’UNAH. L’agronomie étant une nouvelle composante de ce projet, la quasi-totalité des universitaires présents à cette journée n’étaient pas présents aux précédentes rencontres, y compris celle des 2 jours précédents.
Photo - Signature
L’objectif a donc été de présenter le projet ESCC, le DUT et l’option agronomie à différents cadres et enseignants de l’UNAH. Nos interlocuteurs ont été très intéressés, et se sont, à l’image de la veille, posés plus de questions qu’ils ne s’imaginaient devant ces « nouveautés pédagogiques ».


Signature d’une lettre d’intention pour un partenariat fructueux. Dr Mederos (UNAH), R. Guillen (ADIUT), Dr Lan Apó (MES). Copyright photo François Vial / IUT Lyon 1

Photo - Entrée INCA
Dans l’idée d’impliquer les professionnels, nous avons aussi rencontré et discuté avec la directrice d’un laboratoire d’un institut de recherche agronome. A germé alors la possibilité d’envoyer des étudiants de nos IUT en stage dans cette structure, tout comme recevoir dans le futur de étudiants cubains dans nos IUT, ou entreprises partenaires. Nous avons détecté à ce moment une plus forte implication et même de l’enthousiasme de la part du responsable pédagogique de la faculté agraire, alors qu’il était resté jusque-là sur la réserve.



François VIAL, Flora Pensec & Ronald Guillen à l’entrée de l’INCA (Instituto Nacional de Ciencias Agrícolas). Copyright photo Dr F. Lan Apó/ MES     


Les jours suivants étant en session plus générale, nous n’avons malheureusement pas pu travailler précisément sur les programmes pédagogiques, ce qui a pu être effleuré dans le secteur du tourisme et un peu plus travaillé en informatique où le projet est plus avancé. De ces discussions et sessions de travail, il en ressort pour commencer une très bonne dynamique. Nous avons été reçus de manière très professionnelle par nos homologues cubains, qui ne sont habituellement pas réputés par exemple pour leur ponctualité. Notre participation, avec nos arguments et exemples ont soulevé une énergie nouvelle côté cubain remarquée par le personnel de l’ambassade et les responsables du ministère, et salués par la venue du ministre de l’enseignement supérieur en personne à la session de clôture.
 
Photos - Ministre et Ambassadeur

Côté avenir, la route vers l’ESCC va pouvoir se fonder sur la conviction qu’ont acquis les responsables du MES de la nécessité d’un partenariat avec monde imprésarial. Des équipes de travail sur les 3-6 universités de la Havane (dans les 3 champs prédéfinis) devraient se constituer prochainement pour avancer la mise en place de l’ESCC et la définition des programmes pédagogiques. Plusieurs axes ont été dessinés à moyen terme :
  • La Formation de formateurs en méthodologie (construction & encadrement de projets)
  • La mobilité internationale d’étudiants (Français 1° temps)
  • La mobilité internationale d’enseignants

Photo - GroupeLa loi créant officiellement des diplômes intermédiaires, doit entrer dans sa phase de consultations et débats (populaire puis parlementaire).  Par ailleurs, la rencontre « Universidad 2018 » en février prochain, et à laquelle l’ADIUT doit participer pour animer 2 demi-journées d’ateliers, devrait marquer une nouvelle étape dans la mise en place de cette formation. Sur les 3 spécialités, d’autres universités extension à d’autres spécialités (GEA, GM)

Pour finir sur une note personnelle, j’ai trouvé particulièrement enthousiasmant cette semaine : la mise en place de quelque chose de nouveau, l’idée de participer, à son niveau, à l’épanouissement de la jeunesse cubaine, à la démocratie est grisant. Cela a fait remonter en moi l’émotion de ma coopération au Brésil où j’avais, il y a 25 ans, créé et développé une association s’occupant d’enfants de la rue dans l’état de Rio de Janeiro.                        

 Suite au prochain épisode …
Publié le 25 juillet 2017 Mis à jour le 29 août 2017